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A COUTEAUX TIRES AVEC L'EXISTANT, SES DEFENSEURS ET SES FAUX CRITIQUES.Ce texte a circulé dans les années 90 dans les squats italiens et a été augmenté au fur et à mesure par des débats.
Al ferri corti con l'esistente, i suoi difensori e i suoi falsi critici a paru aux éditions NN en 1998.
A COUTEAUX TIRES AVEC L'EXISTANT, SES DEFENSEURS ET SES FAUX CRITIQUES.
Les révolutionnaires ont trop souvent prétendu être la conscience des exploités, d'en représenter le degré de maturité subversive. Le « mouvement social » est ainsi devenu la justification du Parti (qui dans la version léniniste est l'élite des professionnels de la révolution). Le cercle vicieux est que plus on est séparé des exploités, plus on doit représenter ce rapport manquant. La subversion en est ainsi réduite à ses propres pratiques, et la représentation devient l'organisation d'un racket idéologique – la version bureaucratique de l'appropriation capitaliste. Le mouvement révolutionnaire s'identifie alors avec son expression la « plus avancée », laquelle en réalise le concept. La dialectique hégélienne offre un échaffaudage parfait pour cette construction. Mais il existe aussi une critique de la séparation et de la représentation qui justifie l'attente et valorise le rôle des critiques. Sous prétexte de ne pas se séparer du « mouvement social », on finit par dénoncer toute pratique d'attaque comme étant une « fuite en avant » ou de la « propagande armée ». Encore une fois, le révolutionnaire est appelé à « dévoiler », y compris par sa propre inaction, les conditions réelles des exploités. En conséquence, aucune révolte n'est possible en dehors d'un mouvement social visible. Ceux qui agissent doivent alors forcément vouloir se substituer aux prolétaires. Le seul patrimoine à défendre devient alors la « critique radicale », la « lucidité révolutionnaire ». De cette façon, la séparation entre les subversifs et les exploités n'est en rien éliminée, elle n'est que déplacée et mène bien trop souvent à une situation ou certains finissent par se sacrifier pour le prolétariat à travers l'action, pendant que d'autres le font à travers leur passivité. Ce monde est en train de nous empoisonner, il nous contraint à des activités inutiles et nocives, il nous impose d'avoir besoin d'argent et nous prive de rapports passionnants. On est en train de vieillir parmi des hommes et des femmes sans rêves, étrangers à un présent qui ne laisse pas d'espace à nos élans les plus généreux. Nous ne sommes partisans d'aucune abnégation. Simplement, ce que cette société peut offrir de meilleur: une carrière, une réputation, un gros lot gagné à l'improviste, l'« amour », ne nous intéresse pas. Commander nous répugne autant qu'obéir. Nous sommes des exploités comme les autres et nous voulons en finir, tout de suite, avec l'exploitation. Pour nous, la révolte n'a pas besoin d'autres justifications. Notre vie nous échappe et tout discours de classe qui ne part pas de cela n'est que mensonge. Nous ne voulons ni diriger ni soutenir les mouvements sociaux, mais participer à ceux qui existent dans la mesure ou nous nous y reconnaissons des exigences communes. Dans une perspective démesurée de libération il n'y a pas de formes de lutte supérieures. La révolte a besoin de tout, de journaux et de livres, d'armes et d'explosifs, de constructions, de réflexions et de blasphèmes, de poisons, de poignards et d'incendies. Le seul problème intéressant est de savoir comment les mélanger. Non seulement nous comprenont le désir de changer tout de suite sa propre vie, mais c'est aussi, l'unique critère à partir duquel nous cherchons nos complices. Il en va de même avec ce qu'on peut appeler le besoin de cohérence. La volonté de vivre ses idées et de créer de la théorie à partir de sa vie n'est certainement pas la quète d'une exemplarité (avec son renversement paternaliste et hiérarchique), mais au contraire le refus de toute idéologie, y compris celle du plaisir. De ceux qui se contentent des espaces vitaux qu'ils réussissent à trouver – et à préserver – dans cette société, nous sépare, avant même la réflexion, le mode lui-même de palper l'existence. Mais nous nous sentons également distants de ceux qui voudraient déserter la normalité quotidienne pour s'en remettre à la mythologie de la clandestinité et l'organisation combattante, c'est-à-dire pour se réfugier dans d'autres cages. Aucun rôle, si risqué soit-il légalement, ne peut se substituer au changement réel des rapports. Il n'existe pas de raccourci à portée de main, il n'existe pas de saut immédiat dans l'ailleurs. Certes, on ne change pas une société aliénée en employant des méthodes aliénées, mais la funeste idéologie des armes a déjà transformé, par le passé, le besoin de cohérence de quelques uns en un grégarisme de plus. Que les armes se retournent enfin contre l'idéologie.
Nous ne sommes ni les premiers ni les derniers... |
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